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Couleur et enduits au Pays des Pierres Dorées


Le Bois-d'Oingt, détail d'angle sculpté




Le Bois-d'Oingt, pan coupé en pierre taillée encadré de maçonneries en moellons




Technique de finition d'enduit à la chaux: jetis au balais (J.-J. Algros, Ecole d'Avignon) 

Au nord-ouest de Lyon, les Monts d’Or et le Pays des Pierres Dorées disposent d’un important patrimoine bâti caractérisé par le calcaire ocre-jaune des maçonneries. Avec la douceur des paysages et la culture de la vigne, l’architecture contribue ainsi à la fabrication d’une «identité locale», largement utilisée pour la promotion de ces «terroirs» et de leurs produits. Simultanément, ces territoires attractifs par leur proximité routière et une image rurale préservée n’en sont pas moins soumis aux développements urbains du Grand Lyon.
Dans ce contexte, couleurs et matières des façades prennent toute leur importance car elles participent largement à la perception et à l’ambiance des sites. Au fil des saisons, comme le remarque Delphine Ardaillon (1), «la pierre locale constitue une constante paysagère forte : elle participe aux couleurs acidulées viticoles de l’automne, elle éclaire fortement le paysage d’été en contrastant avec les feuillages, et se fond en écho aux sols dénudés dans le paysage hivernal». Conscientes de ces enjeux, les communes inscrivent à leur règlement d’urbanisme des prescriptions particulières sur les matériaux et les couleurs des façades. L’application de l’article 11 s’adosse souvent à une «étude couleur» qui organise la palette en prolongement des éléments existants relevés localement, afin de préserver une harmonie originelle et surtout de se distinguer de l’hétérogénéité du péri-urbain. L’esthétique et le goût se confrontent alors au règlement, pouvant conduire à l’impasse des goûts et des couleurs qui ne se discutent pas... Quelle est la légitimité de nos choix? Le rose n’est-il pas une belle couleur, vraisemblablement celle du bonheur? La pierre mise à nu n’apporte-t-elle pas l’authenticité historique de la maison, preuve qu’aucun parpaing industriel n’est venu s’y glisser?
Une alternative serait d’aborder la question du point de vue du sens et de la technique (2). La beauté d’une couleur existe-t-elle en soi? L’harmonie chromatique ne se décrète pas, elle s’éprouve au cas par cas, dans des configurations locales de voisinage qui évoluent au fil des transformations ponctuelles : états mouvants d’une remise en jeu permanente. La couleur de la façade représente autant l’habitant qu’elle participe à une composition collective plus vaste. D’où l’intérêt d’élargir le champ, pour trouver l’accord juste entre désir individuel et intérêt commun. La méthode ? Se retrouver sur site avec l’architecte-conseiller CAUE, faire prendre l’air aux échantillons, oublier la nostalgie pour retrouver le fil de l’histoire : lire les pages qui précèdent avant d’en poursuivre le texte.
A la beauté de la pierre apparente, distinguer la pierre appareillée du moellon hourdé, s’interroger sur la capacité d’une pierre calcaire poreuse et fragile à s’exposer ainsi sans protection : l’enduit supprimé, l’eau et le gel commencent leur lente érosion du parement, source de nombreux désordres (infiltration d’humidité, déjointoiement, déchaussement des moellons...). Considérer l’enduit à la chaux comme un état plastique de la pierre, ce moment transitoire du cycle de la chaux entre la cuisson des blocs de calcaire à 1000 degrés et sa reconstitution par carbonatation. Apprécier le paradoxe du parement ancien, qui confère à l’enduit ciment «dur et solide» une pérennité bien moindre que celle de l’enduit à la chaux, dont la «faiblesse et la souplesse» constituent justement la force.

Jacques Sordoillet, chargé de mission formation


(1) «Couleur et paysage : des enjeux dans le conseil aux collectivités locales; quelles démarches pour une «culture raisonnée» de la couleur dans le Pays Beaujolais», D. Ardaillon, Mémoire de fin d’études, Institut National d’Horticulture d’Angers, sept. 2006.
(2) «Etude pour la valorisation des techniques de restauration du bâti ancien dans le Pays des Pierres Dorées», P. Allart architecte, Ministère de la culture et de la communication, DAPA, nov. 1998.
voir également la plaquette d’information « Lumineuses façades du Pays des pierres dorées; petit précis de recommandations architecturales » Service départemental de l’architecture et du patrimoine, Office de tourisme du Beaujolais des Pierres Dorées, CAUE 69.

 
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